Et alors commence, au travers d'une Roumanie, archaïque, rouillée et congelée par un hiver impitoyable, l'incroyable voyage de l'improbable quatuor formé par le DRH, le journaliste, le fils révolté de Yulia et le mari de la femme consul d'Israel à bord d'un fourgon mortuaire improvisé, coiffé du cercueil et conduit par un chauffeur dont le permis est caduque depuis bien longtemps.

Victime d'une panne fatale au coeur d'une tempête de neige, le poussif fourgon se métamorphosera en un véhicule blindé gentiment prêté par des militaires pour accomplir la fin du voyage jusqu'au village de Yulia où sa vieille mère demandera le retour du cercueil vers Israel afin que Yulia soit enterrée là où elle avait choisi de vivre.

Ce transport mortuaire chaotique au travers de la Roumanie glacée du post communisme fait renaître des réminiscences de "Guantanamera" un autre transport mortuaire baroque mais à travers l'île de Cuba qu'avait réalisé Tomàs Guttierrez Alea en 1995.

On y retrouve les mêmes ingrédients de loufoquerie et de tristesse, d'absurdité et de réflexion sur la condition humaine.
Comme un "Charlot" de notre époque où l'espace d'un voyage quasiment initiatique s'arrête l'écoulement du temps de l'agitation quotidienne pour découvrir le temps d'un huis clos propre à l'introspection.
Un road movie qui fait penser à la période des huit jours de deuil prescrit dans la religion juive et que doivent partager ensemble les proches du défunt.Unité de lieu!

Un road movie au cours duquel s'accomplit la rédemption du fils de Yulia qui passera du statut d'enfant voyou révolté à celui du fils bien aimant, celui de son père divorcé de Yulia qui découvrira le fils rejeté, celui du DRH qui passera du statut de machine entrepreneuriale taillée pour vaincre les difficultés matérielles à celui d'homme réfléchissant à sa propre condition de père et d'époux.

Eran Riklis trouve un subtil équilibre entre la farce et la tragédie, entre le rire et les larmes, entre l'absurde et le réel.
Et la présence, symbolisée par sa belle photo, de la défunte Yulia telle une Marie rayonnante apporte de la pudeur et de la douceur qui se retrouvent dans le jeu tout en retenue virile de Mark Ivanir, le DRH, qui était déjà apparu dans la Liste de Schindler.

Une image forte: celle de la mère de Yulia , toute de noire vêtue, le visage terriblement émacié se détachant sur la blancheur de la neige , telle une héroïne de la Tragédie Grecque, telle une Irène Papas, la tragédienne de Iphigénie.

Et des images baroques comme celles de Emir Kusturica...