Junie (Léa Seydoux) c'est cette belle personne mystérieuse que l'on n'ose pas aborder. Otto (interprété par un Grégoire Leprince-Ringuet très touchant) ce jeune garçon timide dont la candeur et la simplicité sont, à cette époque de la vie, tant répulsifs. Et pourtant, Junie accepte d'en faire son homme de coeur. Comme une fatalité, avec beaucoup de passivité. En tombant un peu plus tard sous le charme de Nemours (joué par Louis Garrel), son professeur d'italien, Junie succède à toutes celles dont le coeur a été brisé par ce bellâtre sans attache. Pourtant Junie refuse de se soumettre à ses pulsions et ses désirs.

La belle personne, par son esthétisme , ses paysages plaqués, ses visages laiteux, sa froideur incarnée fait penser, un peu, à Elephant. Son sujet, moins médiatique, n'en est pas moins dramatique. Le réalisateur nous livre, lui aussi, à sa manière, des portraits d'adolescents meurtris, encore décomposés, sans repaire. L'hiver dans les rues parisiennes n'est pas qu'un simple décor mais une atmosphère toute entière. La paleur des visages, celle du ciel accentuent la fragilité de ces êtres en devenir. Le réalisateur nous montre les vérités d'une époque ambiguë. Celle où se confrontent la légèreté et la gravité. Il ose aborder les vrais problèmes auxquels sont confrontés les adolescents: la quête de soi, l'identité sexuelle, le regard de l'autre, la peur de s'offrir, la souffrance, l'éveil des sens. La simplicité avec laquelle Christophe Honoré livre son propos donne une grande authenticité à son film. C'est aussi de cette manière qu'il dirige ses acteurs impeccables, chacun dans leur rôle. Cette grande qualité est peut être son principal défaut. La belle personne ressemblerait presque à un documentaire sur l'adolescence.