"Into the wild" le destin d'un homme libre
Par Julie Buk, jeudi 17 janvier 2008 :: Critiques :: #439 :: rss
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l'avis de Julie |
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Le voyage initiatique de Chris (Emile Hirsch) que nous dévoile Sean Penn ne laisse pas le spectateur passif, au contraire. Ce dernier est baladé dans les quatre coins d'une Amérique. Grandeur, splendeur, rencontres, solitude, rancunes, implosion sont les éléments constitutifs du chemin que s'est tracé Chris.
Fraichement diplomé, âgé de 21 ans, le jeune homme décide de tout quitter et de traverser les Etats Unis sans un sou en poche. Son objectif ultime: atteindre l'Alaska par tous les moyens. Sa carte identité détruite, l'intégralité de ses économies versées à une oeuvre de charité, ses derniers dollars brûlés, sa voiture abandonnée, il quitte père, mère et soeur. Il renonce à un avenir brillant. Il veut rompre avec une vie, une famille, des apparences qui l'ont déçu pour tendre vers l'essentiel, la racine des choses, l'essence de la vie. Vivre sans dépenser, rencontrer sans s'attacher. Parcourir les chemins sans jamais se retourner. Chris est libre. Mais la liberté dont il veut jouir est celle qui ne se partage pas. Il croit, à tort, que c'est dans sa solitude, avec pour seule compagne la mère Nature, qu'il atteindra le sumum de cette liberté.
D'emblée Sean Penn interpelle le spectateur. Avec une construction destructurée, il embarque ce dernier dans le temps. Il le bouleverse dès les premières minutes. On comprend bien vite que l'Alaska, la solitude et la nature sont les étapes ultimes du voyage de Chris. Remontant aux premiers jours de ce voyage, à la racine de cette fugue folle, le réalisateur en retrace chacun des moments forts. L'Amérique est si belle filmée au ralenti, simplement.Des champs de blé à perte de vue, un Colorado fougueux, des pluies torrentielles, une mer sauvage, un ciel pur ou nuageux, des oiseaux qui volent en bande, une ville au passage, les hommes.
Et oui la vie c'est aussi les autres. Ce voyage est parsemé de rencontres. Les autres sont un peu comme Chris, des éternels routards, des vieux ou des jeunes hippies. Mais à la différence du jeune homme, ils refusent de vivre leur soif de liberté dans la solitude. Sean Penn a pris ici le soin de choisir des acteurs de caractère pour chacun de ces seconds rôles. Catherine Keener en femme hippie d'âge mur est touchante et d'une grâce incroyable. Hal Holbrook en vieil homme seul s'attachant à Chris est également très émouvant. Le réalisateur a su filmer ses yeux en nous y montrant tous les sentiments qui y étaient contenus: tristesse, crainte et amour. Les autres acteurs dont les rôles sont peut-être moins importants ne sont pas en reste. Les parents de Chris qui progressivement sombrent dans le désespoir sont magistralement interprétés par Marcia Gay Harden et William Hurt.
Au centre, Emile Hirsch se révèle avec un jeu parfait. Sans emphase, avec une humilité et une jeunesse qui le caractérisent, l'acteur s'impose avec force. A l'instar de Chris, il déconcerte. Il semble complètement habité par le rôle qu'il interprète. Un jeune homme libre, qui refuse de s'attacher. Volatile sans être volage. On lui trouve tout le charisme d'un Léonardo di Caprio auquel il ressemble étrangement et auquel il a finalement été préféré pour le rôle de Chris.
Le film tire évidemment sa force par son propos et par cette histoire vraie incroyable. Mais à un sujet fort ne s'associe pas toujours un film fort. Le réalisateur a puisé en dehors de celle-ci des éléments essentiels pour ériger son film en pur chef d'oeuvre. L'émotion qu'il suscite chez le spectateur est certainement liée à son audace, à sa sensibilité. Une ovation, donc, pour ce film bouleversant!




























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