Car il faut oser dénoncer un pays, l'Afrique du Sud (rien que ça), au début des années 1980 (mais si!), qui, après avoir recueilli un vaisseau spatial en détresse et accueilli les créatures l'habitant, après avoir parqué celles-ci dans une zone de non-droit au coeur de la capitale, décide un jour de les expulser pour les déporter dans une sorte de ghetto spécialement aménagé pour elles. Le nettoyage est confié à un petit agent du ministère des alliens, un pion, dévoué, prêt à exécuter tous les commandements dès lors qu'ils viennent d'en haut.
A travers l'histoire de cet agent spécial, c'est celle des alliens qui nous est contée. Mais pas seulement. Le propos audacieux du scénario ne feint pas: il s'agit bien de dénoncer le racisme primaire, celui qui de tout temps a existé, emportant avec lui ses ghettos, ses déportations, ses exécutions sommaires, ses expérimentations génétiques, ses agents dociles...
On peut peut-être un peu regretter que la morale du film n'ait pas été mieux soignée, plus explicitée. Le propos reste parfois un peu brouillon. A part la dénonciation du racisme, on retrouve aussi une glorification de la résistance et parfois même (je me trompe peut-être) du terrorisme.
Il n'en demeure pas moins que le film est une gifle, un coup de poing, rythmé par l'évolution progressive de son personnage principal. A la manière d'un reportage en direct, on suit celui-ci dans son avancée au sein du District 9. Son évolution, physique, mentale, est vertigineuse. Le spectateur le suit d'abord pas à pas, dans son avancée chez les allliens. Puis, il intègre petit à petit son esprit et son corps. La métamorphose est angoissante. L'absence d'effets spéciaux visuels renforce certainement cette angoisse. L'image est brute et sale. Et parce qu'il n'a de temps à perdre à contempler la beauté d'un rayon laser ou d'une bagarre inter galactique, le spectateur est pris aux tripes. Il en sort, non pas marqué par une succession d'images inutiles, mais par un sentiment fort de crainte mêlé à de la gêne.
District 9 aurait pu naître dans les années 1980. Il en a l'audace. Il est né dans les années 2000. Il en a donc le recul.