C’est l’histoire d’un homme qui pénètre un matin dans sa limousine avec l’idée fixe d’aller chez son coiffeur qui est à l’autre bout de la ville. Eric Packer est visiblement un homme important, riche, avec un garde du corps. Il dirige une société, un empire, des centaines, des milliers de personnes sont sous ses ordres. Certains semblent vouloir lui nuire. D’où l’insistance de son garde du corps pour éviter cette traversée de Manhattan. Eric ne veut rien entendre. Et au fur et à mesure qu’il monte up town ses subordonnés entrent dans sa limousine pour faire un point de la situation. Son plus fidèle collaborateur d’abord, puis le jeune génie inventeur des produits qu’il commercialise, son épouse, avec laquelle il s’échappe un court instant pour partager un petit déjeuner, ensuite l’une de ses maîtresses à qui il fait l’amour mécaniquement. Puis il sort, encore, déjeuner avec sa jeune épouse sans saveur. Une autre collaboratrice s’introduit plus tard dans la limo, puis un médecin qui lui fait un toucher rectal pour vérifier l’état de sa prostate, Ensuite une pseudo psy confidente. Au fur et à mesure de la journée, Eric apprend que le yen s’est effondré et avec lui son empire financier. Ça ne semble pas l’émouvoir plus que ça. Une émeute a éclaté dehors. Les rats attaquent la ville. Métaphore des golden boys dont il fait partie et qui ont plongé la ville dans le désespoir ? Le peuple est dans la rue qui crie à la vengeance. C’est l’anarchie, sa limo en prend un coup. Mais Eric s’en fout. Eric, visiblement, est très intelligent, très puissant, capricieux, maniaque. Mais surtout Eric est froid, sans âme, ni humour. Eric n’a pas d’âme.
J’ai lu quelque part que David Cronenberg avait écrit son scénario en 6 semaines. Prouesse, génie diront certains. Moi je dirais que je ne suis franchement pas étonnée (je repense à Cameron Crowe qui, de mémoire, a écrit le scénario et les dialogues de Jerry Maguire en plus de deux ans…) Il a écrit ce qui lui passait par la tête, sans retenue, à la manière d’un patient en pleine séance de psychanalyse. La parole automatique a des vertus thérapeutiques certaines mais je crains qu’elle n’en aie aucune de cinématographique ! Si David Cronenberg s’est inspiré de Don de Lillo, on sent que le thème du roman a été l’occasion pour lui de s’exprimer. Beaucoup de choses sont dites. Beaucoup trop, en réalité. Le film n’est qu’une succession de dialogues incessants qui finissent très vite par ennuyer le spectateur. Le capitalisme est semble-t-il dénoncé. Mais c’est aussi la mise à mort du protagoniste principal : Eric Packer. Au travers des rencontres de la journée du golden boy, ce dernier se confie, se montre, se dévoile. Il est habité par du vide. Conséquence de ce qu’il a tout ? Le scénario était intéressant et le réalisateur, accompagné de son acteur, n’a pas su (à mon sens bien sûr) en montrer tout l’intérêt. Le résultat m’a donné l’impression d’un laboratoire froid, d’un papier glacé. Aucune émotion ne se dégage de ce road movie urbain. La tension, sensée culminer à la fin, m’a laissée de marbre (en fait, je regardais ma montre impatiente d’en être arrivée au bout).
David Cronenberg, auteur de La mouche, de M. Butterfly, de Faux Semblants, maître de l’émotion paroxystique, a perdu la flamme qui rendait ses films si dérangeants. La limousine d’Eric Packer est le laboratoire d’un médecin légiste dépassionné, une séance de psy d’un bourgeois dont on se fiche éperdument. Déjà, A dangerous method péchait un peu par un côté académique désincarné. Mais il y avait encore le feu sous la glace. Avec Cosmopolis, la glace aura eu raison du feu.
J’aimerais dire que si Robert Pattinson ne sort pas indemne de tout cela c’est la faute du metteur en scène. Si le rôle qu’on lui a offert ne suscitait pas d’empathie de la part du spectateur, il aurait pu intriguer, fasciner. Mais on ne comprend pas pourquoi Eric est si intelligent, pourquoi l’on cherche à le tuer, pourquoi les femmes se succèdent autour de lui. Robert Pattinson, contaminé par la froideur du réalisateur, est plaqué, sans grande saveur. L’ambiguïté du personnage ne transpire pas en lui. Il est un costume vide, sans folie. Je me suis demandée s’il n’avait qu’une seule corde à son arc, inspirée de twilightisme. C’est peut être ce rôle qui l’a confiné dans un registre monoexpression…
Je suis donc sortie de Cosmopolis interloquée, vidée, déçue mais nourrissant le secret espoir d’un autre film où Robert Pattinson brillerait et d’un nouveau film où Cronenberg redeviendrait ce qu’il était.
Mini-fiche de Cosmopolis