Young adult: grandeur et déchéance d'une ex "Prom Queen"
Par Julie Buk Lament, dimanche 1 avril 2012 :: Critiques :: #1340 :: rss
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l'avis de Julie |
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Les "middle age movies", comme le nouveau film de Jason Ratman, Young adult, ont la saveur de l'authenticité surtout pour les spectateurs qui en sont le sujet. A la fin de la trentaine, visiblement, c'est l'heure des bilans. Il y a ceux qui ont plongé très tôt dans le schéma de "la vie rangée" parce qu'ils ont rencontré leur dulcinée sur les bancs du lycée/de la fac et qu'ils avaient alors envie de grandir. Pour ceux là, quarante ans sonne le glas. Il est toujours temps de changer de vie, d'avoir une seconde chance. Ceux là explosent pour ne pas imploser. Ils optent soit pour une nouvelle vie rangée soit pour un retour en arrière. Et puis il y a ceux qui n'ont jamais connu la vie de couple (ou bien un tout petit peu), qui n'ont jamais cessé de "night clubber", de profiter, de se saouler, de sortir, de partir en vacances, en week end sur un coup de tête. Ceux qui n'ont jamais eu à soucier que d'eux mêmes, ceux qui n'ont pas d'enfant. Leur vie d'adolescent ne cesse de se répéter, les années passant. A la trentaine, certains les envient, envient leur liberté. A l'aune de la quarantaine, si les adultes "à la vie rangée", les premiers, se damneraient pour troquer leur existence contre la leur, eux commencent à ressembler à de vieux garçons et à de vieilles filles. Les sorties, les beuveries, le vent de liberté n'ont plus la saveur d'avant. Et puis il y a Mavis Gary (magnifique et étonnante Charlize Theron) qui fait partie de la seconde catégorie des presque quarantenaires. Mais qui a cette particularité de ne pas vieillir et d'être restée bloquée dans l'espace temporel du lycée. A cette époque où elle connut son heure de gloire, Mavis Gary était l'une de ses "Prom Queen".

Ces belles blondes dévergondées complètement étrangères à notre culture française du lycée. Autoritaire, belle, méchante, snobe, odieuse, narcissique. Mavis avait les plus beaux garçons à ses pieds, sortait avec le capitaine de l'équipe de foot du lycée. Après les études, elle est partie vivre à Minneapolis. La petite pomme. La petite soeur de New York. Elle a quitté sa petite banlieue en y laissant son ex petit ami. Vingt ans sont passés. Mavis a 37 ans, en paraît 27, vit comme si elle en avait 27. Elle est célibataire, habillée en sweat Hello Kitty, passe sa vie chez la manucure, ne pense qu'à elle, n'aime qu'elle. Le jour où elle reçoit le faire-part de naissance de la petite fille de son ex du lycée, Mavis se fixe un nouveau challenge. Celui de récupérer son ex, le beau Buddy Slade (Patrick Wilson, le beau gosse de service du cinéma américain). Personne ne peut lui résister et certainement pas Buddy. Elle quitte Minneapolis du jour au lendemain et retourne dans sa petite banlieue. La manoeuvre ne devrait pas prendre trop de temps, est-elle persuadée. Et pourtant, quand elle arrive dans la ville de ses premières heures de gloire, la seule personne qu'elle parvient à toucher (dans le sens propre et figuré du terme), ce n'est pas Buddy mais Matt Freehauf (Patton Oswalt), le nerd du lycée, l'exclu, celui qu'on pointait du doigt en le traitant de gay.
Le film commence avec légèreté. Mais bien vite, le pathos prend le dessus. Charlize Theron en ex prom queen narcissique est si pathétique qu'elle en devient angoissante. Sa folie, grandissante, pointe vite à l'horizon. Elle n'est jamais bien loin de sombrer du côté obscur de la folie, celui des gestes irrémédiables. La grande force du film est de rester sur le fil, incertain. Charlize Theron livre ici une interprétation remarquable de cette jeune femme qui ne vieillit pas, qui reste ancrée à son image d'icone adulée du lycée. Elle crée à elle seule une sorte de troisième catégorie de trentenaires à l'aube de la quarantaine. A force de trop s'aimer, Narcisse est tombé dans l'eau et s'est noyé.
S'il commence donc comme une comédie déjantée, Young adult perd vite son ressort comique. Il ne manque pas de surprendre, d'angoisser. Mais malheureusement, il pèche par lenteur et ennui. C'est certainement dû à un personnage exécrable et franchement sans saveur. Le cinéma en a déjà connu d'autres. Un héros détestable peut néanmoins susciter de l'attachement, si ce n'est de l'intérêt. Le problème ici est que Mavis Gary ne déclenche aucune empathie chez le spectateur. Son narcissisme confine à la platitude et à la bêtise. Mavis est pathétique sans être intéressante. Il y a bien un moment où, entre une ultime séance de manucure et une ultime beuverie, je me suis mise à bailler. En définitive, les instants les plus forts du film seront ceux où Mavis Gary n'est pas loin de franchir le cap de l'irrémédiable et où Matt (l'exclu du lycée, le seul qui s'attache à elle) apprend à la comprendre pour mieux s'approcher d'elle. L'heure de gloire du premier sera l'heure de la déchéance pour la seconde.
Mini-fiche de Young Adult
Le film commence avec légèreté. Mais bien vite, le pathos prend le dessus. Charlize Theron en ex prom queen narcissique est si pathétique qu'elle en devient angoissante. Sa folie, grandissante, pointe vite à l'horizon. Elle n'est jamais bien loin de sombrer du côté obscur de la folie, celui des gestes irrémédiables. La grande force du film est de rester sur le fil, incertain. Charlize Theron livre ici une interprétation remarquable de cette jeune femme qui ne vieillit pas, qui reste ancrée à son image d'icone adulée du lycée. Elle crée à elle seule une sorte de troisième catégorie de trentenaires à l'aube de la quarantaine. A force de trop s'aimer, Narcisse est tombé dans l'eau et s'est noyé.
S'il commence donc comme une comédie déjantée, Young adult perd vite son ressort comique. Il ne manque pas de surprendre, d'angoisser. Mais malheureusement, il pèche par lenteur et ennui. C'est certainement dû à un personnage exécrable et franchement sans saveur. Le cinéma en a déjà connu d'autres. Un héros détestable peut néanmoins susciter de l'attachement, si ce n'est de l'intérêt. Le problème ici est que Mavis Gary ne déclenche aucune empathie chez le spectateur. Son narcissisme confine à la platitude et à la bêtise. Mavis est pathétique sans être intéressante. Il y a bien un moment où, entre une ultime séance de manucure et une ultime beuverie, je me suis mise à bailler. En définitive, les instants les plus forts du film seront ceux où Mavis Gary n'est pas loin de franchir le cap de l'irrémédiable et où Matt (l'exclu du lycée, le seul qui s'attache à elle) apprend à la comprendre pour mieux s'approcher d'elle. L'heure de gloire du premier sera l'heure de la déchéance pour la seconde.
Mini-fiche de Young Adult
















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