L'expérience est bien sûr différente. La passivité dans laquelle est placé le spectateur d'un film est souvent confortable. Mais face au torrent d'émotion découlant de l'écriture, elle a pâle allure. J'ai quand même adhéré car l'intelligence du réalisateur a bien été de rester fidèle à l'esprit du texte. L'enfant, Oscar, a une place centrale et les personnages qui gravitent autour de lui comme des électrons ou des ombres chinoises sont secondaires. L'univers d'Oscar, sa mère, son père, ses souvenirs, sa grand mère, le locataire, tous les Black de New York, sa chambre d'enfant, tout cela est porté avec beaucoup de justesse à l'écran. La quête d'Oscar un an après la mort de son père se déroule pendant 2 heures. La déconstruction, volontaire et forcée dans le roman, l'est moins à l'écran de peur de perdre le spectateur en route. Mais l'on comprend le cheminement de pensée du garçon de 11 ans qui part à la recherche d'indices pour résoudre une énigme et rester toujours et encore près de son père.
La pépite innovante du film est l'acteur qui interprète Oscar, Thomas Horn. Malin, espiègle, libre, juste, il incarne parfaitement le héros, l'enfant, le guerrier qui combat l'oubli. Le grand Tom Hanks qui incarne le père d'Oscar, s'il est fidèle à lui-même, et donc excellent, ne fait aucune ombre au jeune acteur prodige.
Extrêmement fort, incroyablement près c'est tout à la fois une histoire sur le deuil et le souvenir. Mais surtout, c'est, pour moi, la première histoire de l'après 11 septembre qui a su aussi bien montrer le drame qui s'est joué et la plaie béante qu'il a laissée dans le coeur des new-yorkais, et des américains en général. Après le drame, plusieurs auteurs se sont essayés à raconter les évènements par la romance. Le seul qui soit parvenu à retranscrire aussi bien la peine humaine a été, pour moi, Jonathan Safran Foer, à travers les yeux d'Oscar. Le film n'aura pas eu l'impact magique et profond du roman. Il reste touchant et extrêmement fort.

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