Crazy, Stupid Love n'est pas une comédie romantique mais plutôt une comédie dramatique. Si l'on rit et sourit beaucoup, on ne manque pas très souvent d'être touchés par le destin de Cal et Emily. Car leur histoire n'est pas très originale. Banale, oui, elle l'est. La crise de la quarantaine, tout un chacun la connaît d'une manière ou d'une autre. Le middle age est celui des bilans, des mises au point, des craintes, de l'omnipotence aussi. Du jour au lendemain, Cal, qui incarne la réussite tant professionnelle que personnelle, tombe de son perchoir. Il apprend la douleur et surtout la remise en question.
L'histoire de Jacob, elle aussi, n'est pas si originale. Derrière ses talents de tombeur, son masque de beauté, son inébranlable flegme se cache un homme seul et profondément déprimé. La trentaine n'est-elle pas la période de la vie où l'on craint de s'engager? Où l'on aime se chercher indéfiniment comme pour bloquer le temps? Où lorsque on fuit les modèles sociaux, on cherche à tuer père et mère? Où la liberté, le libertinage sont encore et toujours possibles?
Le personnage d'Hannah qu'il croise dans son bar ne représente-t-il pas lui aussi les rêves de la jeune femme de moins de trente ans? Celle qui, à peine entrée dans la vie active, croit aux conventions bien ficelées?
Quant à Robbie, le fils de Cal, âgé de 13 ans, fou d'amour pour sa baby sitter de 4 ans son aîné, il incarne l'entrée dans l'adolescence, avec son lot d'illusions, d'hormones, de candeur et d'humanité.
A chaque fois, pour chaque protagoniste qui incarne une période très précise et significative de la vie, il est question d'amour et surtout de désillusions. Le tableau de l'amour qui est brossé est parfois dur et sans concession. Mais l'on comprend bien vite qu'il est réaliste et donc, parfois, un peu triste. Il en reste pourtant un goût positif et surtout très optimiste.
Mais, n'ayez crainte, le film ne commence pas par ces considérations.
Après la chute de Cal, commence, très progressivement sa métamorphose en lover inexpérimenté. Et à ce jeu de transformation en super Man, croyez moi, Steve Carell excelle. Parce que son personnage est pétri d'incertitudes et parce que l'acteur sait porter à l'écran cette humilité, on aime croire à cette métamorphose parce qu'en définitive, elle n'est qu'apparente.
Et puis il y a Ryan Gosling. Je l'avais trouvé plutôt bon dans ce mauvais film pourtant acclamé par la critique: Half Nelson. Depuis lors, il a su choisir ses rôles. On ne parle plus que de lui. Et, après avoir vu Crazy, Stupid Love, on saluera l'acteur, son jeu et son physique étonnant (digne d'un photoshop). Il campe ici avec un flegme et un recul indicibles, le rôle d'un séducteur. Sa partition est parfaite. Les scènes au cours desquelles il enseigne à Cal l'art de la séduction sont magnifiques tout comme l'évolution de l'apprentissage du quarantenaire.
Le film est tout d'abord illuminé par le jeu de ses acteurs. Si Steve Carell détient le rôle principal, les rôles secondaires ne sont pas des électrons libres laissés à l'abandon comme c'est souvent le cas. Plus que soignés et léchés, les seconds rôles ont pratiquement la même importance que celle du personnage principal. La place de chacun, de Robbie à la baby sitter, en passant par Emily et par la professeur d'anglais déjantée n'est jamais laissée au hasard. Et parce que le personnage des uns et des autres est travaillé, le spectateur ne manque d'empathie pour aucun.
Le film qui se déroule par petites touches ne manque pas de rebondissements ni de ressorts. Entre le comique de situation, les moments tendres et parfois mêmes pathétiques, on ne s'ennuie jamais. Bien sûr, la morale sous-jacente n'est jamais bien loin. Mais elle n'est pas bien pensante. Elle est aimante et aimable. Et, il n'y a aucun mal à y adhérer. Croire à l'amour coûte que coûte et se battre indéfiniment pour lui, il y a pire. C'est sûr. Restera immanquablement gravée dans ma mémoire de ce film, l'expression du visage de Steve Carell regardant sa femme avec amour et bienveillance. On aimerait toutes et tous être toujours regardés ainsi. Et l'acteur, à cet instant précis, a réussi à me tordre le coeur.

Mini-fiche de Crazy Stupid Love