1962. Au coeur du conflit qui opposent alors les Etats Unis à l'URSS, le petit garçon anglais, Charles Xavier, a grandi. Il est devenu docteur en génétique. Son propre pouvoir, celui de pouvoir lire dans l'esprit des gens, l'a conduit à pousser ses recherches au plus haut point. A tel stade qu'il intéresse particulièrement une agent de la CIA confrontée à un phénomène inexplicable. 1962, c'est aussi l'année de la baie des Cochons. La CIA ne s'explique pas certains phénomènes qui poussent inexorablement les deux plus fortes nations vers une guerre atomique. Un certain docteur semble détenir des pouvoirs que seul Charles Xavier (sous les traits de l'adorable James McAvoy) peut expliquer. 1962, c'est l'année où les nazis qui s'étaient cachés jusque là en Argentine et autres pays d'Amérique du Sud sont découverts. Mais pas tous. La soif de vengeance qui anime Erik Lehnsherr (Michael Fassbender que, je le confesse, je ne connaissais pas. La rencontre est plaisante) va le mener sur le même chemin que celui de Charles Xavier. Alors que le premier veut tuer celui qui a exterminé sa mère et des milliers de juifs qui se sont trouvés entre ses mains, le second soutient la CIA dans sa quête, ou plus exactement, sa course contre la montre. Le premier est belliqueux, le second un adepte de la méthode pacifiste.
Tel est un peu le thème central du film. Bien sûr, il y a une pluie de mutants qui vient rejoindre Charles et Erik. Bien sûr, les évènements historiques capitaux qui secouent le monde en 1962 sont le tableau de fond des aventures de nos super-héros. Mais la Guerre froide n'est pas centrale mais un simple prétexte. Derrière la crise de cuba, il y a une vision un peu manichéenne des Hommes (ou des mutants en l'occurrence). Il y a ceux qui oeuvrent pour la paix et les autres. Parmi les autres, les adeptes du poing et du sang, il y a les meneurs et les suiveurs. Les suiveurs présumés bêtes et méchants (forcément, ce sont des suiveurs) sont interchangeables et interchangent leur leader. Chez les meneurs, il y a les dictateurs et ceux qui se battent pour de nobles causes l'arme à la main. Michael Fassbender, pour décrire son personnage par opposition à celui de Charles, évoque Malcom X et Martin Luther King. Certains préfèrent le premier. Courageux, audacieux. Mais la plupart préfèrent le second. C'est lui qui marquera les esprits. Le premier restera pour tous un terroriste. Le film est-il moralisateur en cela? Je le crois. Mais peut être d'autres verront en Magneto le véritable héros d'après guerre.
D'autres ne verront peut être pas dans X Men: le Commencement cette analyse alambiquée et se laisseront-ils porter pendant plus de deux heures dans l'aventure de ces mutants qui sortent de l'ombre pour vivre fièrement leur différence. Le scénario ne manque pas, il est vrai, d'efficacité. On se laisse vite prendre au jeu. Il n'y a pas un seul moment de répit. Le rythme est haletant. La formation des mutants à leur arrivée dans le château m'a littéralement donné envie d'y être et de me plonger dans le vide comme le garçon hurlant. Il y a d'autres moments un peu moins forts. Je pense en particulier à la première réunion des mutants réunis grâce au pouvoir de Charles et à leur comparaison de dons. Et à cette fâcheuse tendance de Charles de se mettre un doigt sur la tempe lorsqu'il doit se connecter avec autrui pour entrer dans son esprit. Malgré quelques petites maladresses scénaristiques, je n'ai pas pu m'empêcher de me laisser prendre au jeu. A part quelques mutants inutiles (je pense à Angel et au démon dont on retrouvera le fils dans l'épisode II), la horde de mutants qui entourent Erik et Charles sont fascinants. Mon envie incontrôlable de déceler un sens profond à cette saga me pousse encore à penser que les thèmes abordés sont très profonds. Et à conclure là-dessus et non pas sur les effets spéciaux (qui sont très efficaces, il faut bien le dire). Il est question de racisme, d'exclusion, de résistance, de fierté. La bande qui se réunit autour d'Erik est fière d'arborer ses différences, ses pouvoirs. Charles finit en professeur sagesse privé de ses mouvements. Il sait lire dans les pensées. Erik est recouvert d'une armure, sait briser toutes les chênes. Il est libre mais également entouré par les suiveurs. Ceux là même qui suivaient l'ex Docteur Shaw. C'est cette ambiguïté qui m'a gênée. Peut être ai-je tort.

Mini-fiche du film: