Un jeune couple d'américains est en visite dans la ville. Ils ne sont manifestement pas assortis ni sur la même longueur d'onde. Elle, est une américaine typique. Une "jap" ou une "wasp" gâtée par ses parents ultra conservateurs. Lui est un écrivain - un peu- raté qui a lâché l'écriture des romans pour gagner facilement sa vie à Hollywood en écrivant des scénarios. On l'aura très vite compris, lui, incarné par l'adorable Owen Wilson, c'est Woody Allen. L'intellectuel de gauche, un peu gauche, qui parle en "presque" bégayant. Elle, interprétée par la somptueuse Rachel Mc Adams, c'est toutes les femmes sophistiquées, frivoles, sexy et bêtes qui sont réunies en un seul personnage. Immédiatement on ne l'aime pas. Lui parle Paris, vit Paris, aime Paris. Il n'aime pas son pays. Cette Amérique puritaine qui a fait la guerre en Irak. Un soir, alors qu'après avoir trop bu il veut rentrer à pied longer la rue de Rivoli, il se retrouve dans une ruelle de la montagne Sainte Geneviève. Les 12 coups de minuit sonnent et voilà qu'une voiture calèche s'arrête devant lui pour le conduire dans une autre époque. Celle de l'entre-deux guerres, du charlestone. Très vite l'écrivain devient ami avec Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway. Cette première nuit n'est pas la seule. L'écrivain retourne sur sa montagne Sainte Geneviève et, comme par enchantement, le voyage dans le passé opère une nouvelle fois. Encore et encore. Il y rencontre Dali, Bunuel, Picasso, entre autres. Il tombe sous le charme de la muse de Picasso, Adriana (Marion Cotillard qui semble plaire à tous les hommes). Ainsi, toutes les nuits, Gil (Owen Wilson ou Woody Allen) quitte le présent et sa fiancée pour rejoindre ses idoles du passé. Poussé par cette effervescence intellectuelle, il trouve le courage d'écrire un vrai roman. Entre un Paris en plein jour où il rencontre de jolies parisiennes du présent (Carla Bruni en guide de musée Rodin et Léa Sédoux en vendeuse de brocante sur la butte Montmartre) et un Paris de la nuit où il côtoie les artistes qui l'ont inspiré, Gil se détache petit à petit de ses racines californiennes pour devenir parisien.
Il est d'abord question d'insatisfaction et de déni. Mais surtout de nostalgie. Le bonheur est-il possible quand on est persuadé que l'âge d'or est révolu et que seule la magie peut permettre de replonger dans le passé. L'artiste a toujours des modèles et puise son inspiration de ses aïeuls. Finalement, l'artiste ne peut vivre et créer qu'en étant meurtri, blessé, insatisfait. C'est bien ce que semble nous dire Woody Allen sous les traits de Owen Wilson. Ni sa ville, ni son temps ne le satisfont. Les frustrations, les insatisfactions, le mal être sont source d'inspiration. Le regard que le réalisateur porte sur lui-même reste celui d'un vieux sage qui a vécu et qui a su, en définitive, trouver la voie du bonheur terrestre. On le comprend avec les dernières images du film que je ne dévoilerai pas ici.
Le propos est donc profond. Et l'idée du voyage dans le passé où l'écrivain retrouve ses modèles, sa muse est la preuve que Woody Allen est encore plein de magie et d'imagination.
De la magie, il avait déjà usé. Je repense le sourire aux lèvres à La Rose Pourpre du Caire qui, et ceux qui m'ont déjà lue le savent, est l'un de mes films préférés. L'idée était un peu la même au fond. La vie sur terre est insatisfaisante. Et l'héroïne tombait amoureuse d'un acteur, d'un décor et devait plonger dans la toile et dans le film pour aimer et vivre. S'il a recours une fois encore à l'idée du voyage dans un autre monde, il le fait ici avec moins de magie et de malice. Le charme opère un peu quand même. Mais on ne rit pas. On ne pleure pas. On sourit parfois. Il manque au film la profondeur dont son sujet n'est pourtant pas dénué. Peut être par paresse, peut être parce qu'il a vidé son sac à blagues, le réalisateur laisse son scénario défiler sans le piquer de ses savoureux dialogues auxquels on était habitués. Finalement, le Woody Allen d'antan, celui là même qu'il met en scène sous les traits d'Owen Wilson a disparu. La réalisation est d'ailleurs sereine et paisible. L'homme a vieilli. S'il a réussi à trouver une certaine sagesse, il a gardé un oeil nostalgique sur ce qu'il a été. Il faut maintenant faire son deuil de Maris et Femmes, de Crimes et Délits, de Interiors, de Manhattan, de Radio Days. Et regarder tranquillement, chaque année, le nouveau cru Allenien, qui vient et part comme une petite bulle de savon.

L'avis de Anne
Fan de Woody Allen et de Paris, je ne pouvais manquer son dernier film à l’ affiche : Minuit à Paris. Ces dernières années, il aime se promener dans les capitales européennes: Vicky Christina Barcelona, Match point et Vous allez rencontrer un sombre et bel inconnu.
Cette fois ci, l’ intrigue se passe à Paris de nos jours. Il nous promène dans tous les lieux mythiques de la capitale et nous fait découvrir comme par magie au détour dune ruelle une autre époque celle des Années Folles.
Dès les premières images, je me suis sentie comme lui touriste transportée au travers de la ville de jour comme de nuit, Paris ville Lumière, Paris sous le soleil et surtout sous la pluie au son de musique folle, sur un rythme de Charleston..
L’ acteur principal Owen Wilson est un américain californien romancier en mal d'inspiration.
Il arrive à Paris avec sa fiancée (Rachel Mc Adams) quelques mois avant leur mariage accompagnés des futurs beaux-parents. On se rend vite compte que ce jeune couple n'a que très peu de point commun tout au plus la cuisine indienne. ce qui ne pèse pas lourd pour fonder un avenir ensemble.
Elle est issue dune famille aristocrate américaine dont les parents en sont l’ archétype.
Elle n’ a que peu de fantaisie; elle vit dans le paraitre, pour faire plaisir à ses parents et reproduire leur schéma.
Lui c’ est un artiste idéaliste en quête de rêve.
Grâce à la magie de la camera et après les 12 coups de minuit, il se trouve emporté comme dans un Walt Disney dans une voiture des années 20 et rencontrent tour à tour les plus grands écrivains et artistes de l’ époque : Salvador Dali, Pablo Picasso dont leur muse commune interprétée par la très jolie Marion Cotillard. Elle va séduire notre jeune américain qui ne peut résister à ses charmes, à sa robe Charleston assortie d'un fume cigare. Il va faire connaissance avec les plus grands écrivains: Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway.
Il y a aussi Gertrude Stein poétesse, écrivain interprétée par Kates Bathes (Oscar du meilleur rôle féminin pour Misery 1990 thriller inoubliable tiré du roman de Stephen King).
Et comme ci cela ne suffisait pas, on fait encore marche arrière de 20 ans et notre romancier se retrouve chez Maxims à la Belle Epoque. Lá, il discute avec le peintre Toulouse Lautrec et on assiste à un bal de l’ époque avec femmes en robes à corset avec jupons bouffants, musique et danse toujours enchanteresses.
Mais ce que recherche Woody Allen tout comme notre écrivain et surement le commun des mortel c'est l'Age d'Or.. celui qui n’ a existe que dans la mythologie grec.. celui où l'homme vivait en harmonie parfaite avec les autres sans contrainte sans tiraillement.
L’ homme selon notre réalisateur et je partage son point de vue est toujours doté dune insatisfaction qui le pousse vers la recherche perpétuel d’ un bonheur inassouvi, d’ une autre époque vers une autre vie.
Mais finalement le film laisse entrevoir un Woody Allen qui a muri pour ne pas dire bien vieilli. Il aborde avec plus de sérénité l’ insatisfaction humaine universelle avec l’ impossibilité de se fixer dans un lieu, dans un temps, avec une même personne. Il le fait en musique en visitant la capitale et pour une fois c’ est une note d’ optimiste qui domine le film. Les névroses tentent a s’ atténuer avec la maturité, la sagesse de l'âge, de l'expérience… du temps qui passe…

Mini-fiche du film: