La métamorphose du prince en roi qui est réelle est aussi une juste métaphore. Le film raconte la difficulté d'un homme, depuis son enfance, à trouver sa place entre un père fort, autoritaire et un frère aîné qui lui fait de l'ombre et se moque de lui. Bertie, par sa parole et les mots de Lionel subit des électrochocs qui lui font prendre conscience de l'origine de ses maux. Il accède peu à peu à l'étendue de ses propres pouvoirs. Cette lente accession à sa force intérieure coïncide avec celle au trône. Alors qu'il devient un homme, le destin lui "offre" un trône. L'histoire dira de Georges VI qu'il ne voulut pas être roi. Le film nous montre au contraire que Bertie voulait accéder au pouvoir mais qu'il n'y arrivait pas. Et qu'un homme, Lionel Logue, en lui faisant prendre conscience de sa volonté l'a conduit au statut de roi.
Le film a de fortes allures académiques. Ce ne sont là que des allures. Oeuvre sensible, le discours d'un Roi est avant tout un film intime sur un homme, sa place dans sa famille. Il montre avec beaucoup de justesse que ses difficultés d'élocution sont à la mesure de ses difficultés de vivre en société. Les blessures humaines sont perceptibles à l'écran.
Il faut bien dire (et je me demande encore comment ai-je pu garder toute ma passion pour ces dernières lignes...) que l'homme meurtri qui apprend par petites touches à sortir de sa coquille et à ouvrir sa bouche sans faire trembler ses lèvres est interprété par le grand, le beau, l'unique, le magnifique, le magique, le merveilleux Colin Firth. Si j'avais pu écrire son nom entouré de coeurs, je l'aurais fait. Depuis que je l'ai découvert interprétant Mr Darcy dans l'une des versions d'Orgueil et Préjugés diffusée sur la BBC, sous forme de mini série, je n'ai d'yeux que pour Colin Firth. Sa beauté froide avait alors fait chavirer le coeur de la fan que je suis de l'une des plus belles histoires d'amour que la littérature ait pu nous offrir. Je le revois encore sortant de l'eau tout habillé, sa chemise blanche lui collant à la peau, ses cheveux dégoulinant sur son visage gêné. Elizabeth Bennet avait piètre allure face à lui...Depuis cette époque (1995, je crois), Colin Firth a montré qu'il n'était pas qu'une beauté froide mais un acteur hors pair. L'année dernière, dans le rôle qu'il avait interprété dans A single Man de Tom Ford, Colin était définitivement entré dans la cour des plus grands. Il avait montré dans son rôle d'amant inconsolable, sa profondeur, sa sensibilité. Sans jamais en faire trop, il est parvenu à montrer à l'écran les sentiments tels qu'ils existent en réalité. Avec le Discours du Roi, il réussit la même prouesse du juste, de la précision. Je le revois encore passer du rôle de prince plein de manières à celui de Bertie explosant d'une colère chaude bouillante. Je le revois injurier, jouir de prononcer ces mots tout en gardant à la fois un visage noble. Il a su montrer ses frustrations, ses peines d'homme, l'arrogance liée à son rang. Ce serait injuste d'en rester là. Le rôle du prince Albert, la possibilité de sa métamorphose ne seraient pas possibles sans Lionel Logue. L'interprétation de Geoffrey Rush est admirable et pleine d'humanité. Il parvient à montrer toute l'empathie dont fait preuve le thérapeute à l'égard de son patient.
J'ai lu que Georges VI était mort des suites d'un cancer du poumon. Les premiers médecins qui avaient tenté de soigner son handicap lui avaient conseillé de fumer pour libérer son larynx. Ce que le film nous montre. Logue qui lui avait expliqué l'aberration de ce conseil mourut un an plus tard. Je n'ai pas eu de peine à apprendre qu'il ne survécut pas à la mort de son ami.

Fiche du film: