Le nom des gens : quand Amélie Poulain se dévergonde
Par MAL, jeudi 25 novembre 2010 :: Critiques :: #1111 :: rss
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l'avis de MAL |
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Allez-y, sans vous laisser influencer par ce qu’en dit la presse. En effet, s’il bénéficie d’une couverture médiatique importante, je considère que le film est mal présenté par la critique (même quand elle lui est favorable) : ce qu’on en dit ne lui correspond pas. Les journalistes le décrivent comme racontant l’histoire d’une jeune femme, Bahia Benmahmoud (excellente Sara Forestier) qui couche avec ses adversaires politiques pour les faire changer d’avis. Le résumer ainsi c’est tomber dans la facilité, et si j’étais un peu plus énervé je dirais que c’est une manière facile de vendre du papier en donnant de ce film une image percutante mais très simplifiée et en fait trompeuse. C’est ne pas pousser la réflexion au-delà du factuel le plus simple à raconter.
Puisque tout le monde l’a dit ne le cachons pas : oui, le personnage de Sara Forestier couche avec ceux qu’elle appelle les fachos pour les convertir aux idées de gauche. Mais ce n’est là qu’une facette de son personnage, et il est assez réducteur de le limiter à ce comportement, même s’il faut bien reconnaître qu’il n’est pas anodin. De manière plus profonde, Bahia Benmahmoud a des convictions politiques fortes, viscérales, et la ferme intention de tout mettre en œuvre pour y convertir ses adversaires politiques. Elle veut changer le monde et elle est persuadée qu’elle peut le faire en se donnant ainsi, mais elle met aussi en œuvre d’autres moyens.

Pour dire à quel point il est inapproprié de résumer ce film à cet aspect « pute politique » (comme Bahia se définit elle-même), il m’a fait penser à plusieurs reprises au Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, qui est à l’opposé de cette image. On y retrouve en particulier la détermination avec laquelle l’héroïne se jette dans cette folle entreprise consistant à rendre le monde meilleur. Certes le comportement totalement débridé de Bahia Benmahmoud, et la fougue que lui insuffle Sara Forestier tranchent singulièrement avec les méthodes plus subtiles d’Amélie Poulain et l’infinie douceur d’Audrey Tautou, mais les deux héroïnes partagent une forme d’idéalisme militant, un regard à la fois innocent et sans concession, qui donnent à ces deux films des qualités voisines.
Autre point commun, cette manière à la fois détachée et poignante de raconter son passé. Les références au passé sont nombreuses, et on peut en être surpris si l’on va voir le film en n’ayant en tête que les aspects scabreux du scénario. En fait l’histoire tourne beaucoup autour du problème des origines des uns et des autres, de la manière d’assumer son passé (ou pas), d’en parler et de le transmettre (ou pas). Le titre du film donne l’importance de ce thème de la transmission, puisqu’elle passe beaucoup (ou pas) par le nom (et le prénom). Ce point est souligné par le choix des noms des personnages principaux, dans lesquels on devine beaucoup de vécu de la part des scénaristes (Baya Kasmi et Michel Leclerc). Le film aborde ces sujets difficiles avec beaucoup de sensibilité, de pudeur, sans verser dans le larmoyant. Et surtout, il le fait de manière directe mais non dogmatique. Il s’agit plus de poser des questions que d’apporter des réponses.
Et c’est là l’une des grandes qualités du film : il ne cherche pas à nous imposer un point de vue. On peut supposer que les scénaristes partagent, dans une version moins outrée, les convictions de leur héroïne, et l’intervention de Lionel Jospin semble le confirmer. Mais à aucun moment ils ne se servent du film comme d’une tribune, pour donner des leçons ou forcer l’adhésion des spectateurs. Les engagements politiques sont toujours montrés avec une certaine distance et suffisamment d’humour pour que les électeurs de l’autre bord ne s’en trouvent pas froissés.
J’ai cité Sara Forestier, je ne peux pas ne pas mentionner Jacques Gamblin, tout aussi excellent, dans une partition plus discrète et donc peut-être plus difficile. Les autres acteurs sonnent tous parfaitement juste, particulièrement Carole Franck, qui joue la mère de Bahia, et à qui elle semble avoir transmis beaucoup de sa personnalité.
Le résultat c’est un film très émouvant, que l’on peut dire engagé sans être militant, qui nous prend souvent à contre-pied, avec des touches de poésie lorsqu’on ne s’y attend pas, et des moments presque pathétiques au milieu de scènes franchement comiques ou l’inverse. On rit et on pleure presque en même temps, et comme je l’ai déjà dit c’est pour ça que je vais au cinéma.
Autre point commun, cette manière à la fois détachée et poignante de raconter son passé. Les références au passé sont nombreuses, et on peut en être surpris si l’on va voir le film en n’ayant en tête que les aspects scabreux du scénario. En fait l’histoire tourne beaucoup autour du problème des origines des uns et des autres, de la manière d’assumer son passé (ou pas), d’en parler et de le transmettre (ou pas). Le titre du film donne l’importance de ce thème de la transmission, puisqu’elle passe beaucoup (ou pas) par le nom (et le prénom). Ce point est souligné par le choix des noms des personnages principaux, dans lesquels on devine beaucoup de vécu de la part des scénaristes (Baya Kasmi et Michel Leclerc). Le film aborde ces sujets difficiles avec beaucoup de sensibilité, de pudeur, sans verser dans le larmoyant. Et surtout, il le fait de manière directe mais non dogmatique. Il s’agit plus de poser des questions que d’apporter des réponses.
Et c’est là l’une des grandes qualités du film : il ne cherche pas à nous imposer un point de vue. On peut supposer que les scénaristes partagent, dans une version moins outrée, les convictions de leur héroïne, et l’intervention de Lionel Jospin semble le confirmer. Mais à aucun moment ils ne se servent du film comme d’une tribune, pour donner des leçons ou forcer l’adhésion des spectateurs. Les engagements politiques sont toujours montrés avec une certaine distance et suffisamment d’humour pour que les électeurs de l’autre bord ne s’en trouvent pas froissés.
J’ai cité Sara Forestier, je ne peux pas ne pas mentionner Jacques Gamblin, tout aussi excellent, dans une partition plus discrète et donc peut-être plus difficile. Les autres acteurs sonnent tous parfaitement juste, particulièrement Carole Franck, qui joue la mère de Bahia, et à qui elle semble avoir transmis beaucoup de sa personnalité.
Le résultat c’est un film très émouvant, que l’on peut dire engagé sans être militant, qui nous prend souvent à contre-pied, avec des touches de poésie lorsqu’on ne s’y attend pas, et des moments presque pathétiques au milieu de scènes franchement comiques ou l’inverse. On rit et on pleure presque en même temps, et comme je l’ai déjà dit c’est pour ça que je vais au cinéma.
















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