Difficile ici de parler de chef d'oeuvre voire d'un grand film. Le film pèche par sa longueur. Par la disproportion du format par rapport au propos. Si le réalisateur avait davantage montré les travers d'une génération - les trentenaires - avec son arrogance, ses excès, son insouciance presque indécente, sa jeunesse en phase descendante et ses difficultés à trouver le sens de la vie, j'aurais applaudi, même pendant 2h30. Là il survole. Le propos profond, même s'il existe tout au long, est noyé dans l'accumulation de scènes.
Si pendant une heure et demi, je me suis régalée, au point de vivre un moment de grâce cinématographique, l'heure suivante est l'heure de trop. Le film reste marquant par toutes les qualités que j'ai décrites. Mais là où le réalisateur veut nous faire pleurer et nous faire sortir notre petit mouchoir, je n'étais plus là.
La dilution a gâché la petite pépite que Guillaume Canet était sur le point de nous délivrer. Sa vanité, nous garder près de lui, de ses personnages le plus longtemps possible n'était pas justifiée. Les repas de vacances, les célibataires endurcis, les ados retardés, les homo refoulés, les stakanovistes du travail confinant à l'obsessionnel sont autant de thèmes qui parlent aux trentenaires, aux quarantenaires - moins aux autres - mais qui ne peuvent justifier 2h30 de film. Quand dans un scénario, le rebondissement est une virée d'une soirée de deux amoureux éconduits à Paris, pour s'échapper des vacances, il n'est pas suffisant pour garder le spectateur en halène.
Pour voler, quelques instants, une idée de Jean-Pierre Jeunet, je conclurai:
J'aime Benoît Magimel (je dirais même plus: Je l'aime), Gilles Lelouch, Laurent Lafitte, Valérie Bonneton, Jean Dujardin, même dans son petit rôle et évidemment l'électrique François Cluzet
J'aime les dialogues grinçants, drôles, sans limite de ces amis
J'aime la folie de François Cluzet, l'attirance qu'a pour lui Benoît Magimel
J'aime cette maison, la marée basse, haute, la BO (excellente), les mulots qui grincent la nuit, leurs repas, leurs relations douces-amères
Je n'aime pas quand le film devient lassant, quand la caméra n'en finit pas de filmer Marion Cotillard en train de pleurer, quand la musique noie les dialogues, quand une fin triste ne me fait pas pleurer.