Entre les islamistes et l'armée, le metteur en scène a choisi la neutralité. Il montre les faits. Car ce qui l'intéresse vraiment c'est de nous faire pénétrer dans l'esprit des moines et nous faire comprendre leur choix. Celui de rester dans le village de Tibhirine, de côtoyer la mort au quotidien afin de poursuivre leur mission. S'ouvrir à l'Autre, le comprendre, l'aider, l'aimer, le respecter. Ils ne sont jamais montrés comme des martyrs. Peut être comme des fous. Mais petit à petit, à force de nous les montrer simplement dans leur recueillement, leur prière, le réalisateur mue la folie en autre chose. En respect. En amour.
Les acteurs sont habités. Lambert Wilson tient le rôle de sa vie. Quant à Michael Lonsdale, il est... Touchant, grand, unique. Je peine à trouver l'adjectif qui puisse le qualifier. Son jeu est un hommage à frère Luc qui a dédié sa vie à soigner des enfants, à les vêtir, à les écouter.
Si ces moines étaient des hommes, avec leur envie de vivre, ils étaient avant tout des frères, une communauté. Leur altruisme les transcendait. Le film a la force d'un témoignage, la beauté d'un tableau, la profondeur d'un livre. Rarement le 7ème Art sera parvenu à une telle apothéose dans l'émotion pure. Je repense au dernier quart d'heure du film. A la fin inexorable. A ce repas arrosé de vin. Peut être l'ultime dans le monastère de l'Atlas. Le Lac des cygnes n'aura jamais été aussi beau. Chacun des moines nous apparaît alors en gros plan. D'abord c'est la béatitude du moment. Le calme, la plénitude. Puis l'angoisse vient assombrir le visage de chacun. Car ils savaient certainement. Jamais une scène aussi simple et pure aura eu un effet aussi fort sur moi.
J'ai lu quelque part que le film de Xavier Beauvois était prétentieux. Je crois, bien au contraire, que Des hommes et des dieux est l'oeuvre la plus modeste rarement réalisée.