Paul Greengrass n'a rien perdu de son énergie. On reconnaît, dès la première minute de Green Zone, sa caméra dynamique pour ne pas dire nerveuse. Et pourtant, le réalisateur a gagné en sagesse, et ce n'est pas pour me déplaire. La Mort dans la peau, le deuxième Opus des fameuses aventures de Jason Bourne qu'il avait réalisé, m'avait, par moment, agressée. Sa caméra mouvante faisait trop de vagues. Avec Vol 93, Paul Greengrass avait su adapter à l'écran un sujet fort, compliqué, impossible. Sa caméra, à la manière d'un reportage, m'avait fait littéralement chavirer. Avec Green Zone, le réalisateur atteint une certaine perfection dans la réalisation. On ne peut plus parler de nervosité mais d'énergie.
Là encore, le scénario est un bijou. Et je trouve audacieux, courageux pour un réalisateur américain de faire un film sur une guerre qui dure encore et encore, depuis plus de 7 ans, d'en dénoncer l'absurdité. De dire combien tout un chacun a pu être berné, abusé, comment les choses auraient pu, quand même, peut-être, être évitées. Oui. Tel est le propos de ce film. Dès les premières explosions sur Bagdad, la tête de l'Etat savait et n'a néanmoins pas fait marche arrière. Elle a laissé sciemment les choses s'enliser. Pour les caprices d'un président trop stupide pour réfléchir? Pour le pétrole? Pour la beauté de la démocratie? Pour sauver un peuple d'un tyran sanguinaire? Pourquoi? Des questions sont posées et plusieurs réponses sont apportées. Mais surtout, à chaque porte qui s'ouvre, des multiples chemins s'offrent aux yeux du spectateur. Le manichéisme est l'ennemi certain que le réalisateur a chassé du terrain de son film. Dans cette guerre stupide - Comme toute guerre- il y a des bonnes raisons. Et dans ce jeux de cartes où chaque tête doit tomber, il y a les mauvaises têtes. Mais par qui pourront-elles être remplacées? Durablement? En paix? Il n'y a pas qu'une vérité. Mais une chose est certaine, et le propos du film est bien de le dénoncer, le déclenchement de la guerre en Irak est supercherie, une vaste supercherie dans laquelle près de la moitié du monde est tombée.
Green Zone est donc un tourbillon d'audace dans un désert en feu, porté par un acteur dont on se demande s'il n'est pas né pour servir dans l'armée américaine et pour percer la vérité des ADM.