C'est en fait Alice au pays de Tim Burton, un pays qui rappelle celui de Beetlejuice, de Batman et bien sûr de Charlie et la chocolaterie. J’ai beaucoup aimé tous ces films (en particulier le très innovant et déjanté Beetlejuice), et les fans de Tim Burton adoreront celui-ci, mais avec cet univers sombre, plutôt pesant, presque macabre, on est loin du pays des merveilles promis dans le titre. Même la reine blanche, qui pourrait apporter un peu de fraîcheur, est presque moche. De la malheureuse Anne Hattaway ressortent surtout les yeux et les sourcils très noirs, des lèvres également très foncées, au milieu d’un visage et d’une chevelure à la pâleur maladive. Sa sœur, la méchante reine rouge, est finalement beaucoup plus agréable. Elle au moins elle a des couleurs !

L’ambiance et l’esprit du pays des merveilles de Lewis Carroll sont absents ici. La "partie" d'échec illustre bien la distance qui sépare Burton et Carroll. Dans « De l’autre côté du miroir » les lieux traversés et les personnages rencontrés par Alice évoquent le jeu d'échec. Mais on reste dans l’imaginaire, le suggéré, et finalement l’ambigu. Aucune ambigüité dans la version Burtonesque, avec une scène où l’affrontement est au contraire excessivement concret, et surtout dépourvu des subtilités propres à Lewis Carroll et au jeu d’échec.

En définitive les scènes que j’ai préférées dans ce film sont celles qui se situent non pas dans le monde imaginaire mais dans la « réalité » de l’Angleterre Victorienne. En quelques minutes le poids des conventions y est merveilleusement dépeint, avec en particulier une splendide demande en mariage délibérément grotesque, et qui est le point de départ de toute l’histoire.

Reste la 3D.

J’avais dit pour Avatar que je n’avais pas le sentiment que cela apportait beaucoup au film. Certains m’avaient répondu en me reprochant d’avoir perdu mon âme d’enfant et ma capacité d’émerveillement. Cela m’a fait réfléchir, et je me demande maintenant si ce n’est pas en fait le contraire qui est vrai : et si justement mon âme d’enfant et ma capacité d’émerveillement n’avaient pas besoin de cette technologie pour que je me sente dans le film ? Et si même un simple dessin animé me suffisait pour croire à une histoire, sans que mon imagination ait besoin d’être suppléée par cette vision 3D ?

Finalement, un enfant de 3 ans prend facilement un bout de bois pour la plus redoutable des épées laser. Et plus il va grandir, plus il va vouloir que l’objet soit ressemblant pour le considérer comme réel. Il ne se contentera plus d’imaginer, il voudra du concret. Pareillement, les adeptes de la 3D, qui ne sont plus des gamins, veulent des sensations toujours plus proches de la réalité pour croire au film. Contrairement à eux, ayant conservé mon âme d’enfant, je n’ai pas besoin de la 3D pour vivre le film, et je me suis déjà senti partie prenante de beaucoup de films en 2D, et même de certains dessins animés (comme nous tous, je suppose). Je persiste donc dans ma conviction que la 3D n’apporte pas grand-chose, et que cette opinion ne fait de moi ni un rétrograde ni un insensible.

Pour être totalement honnête, j’avoue tout de même un mouvement réflexe pour esquiver une tasse lancée par le lapin au gilet. Mais je commençais à somnoler et ma vigilance était émoussée.