Il serait exagéré de dire que l’on devine ce qui va se passer, mais on a tout de même l'impression d'un scénario qui déroule des scènes convenues, bourrées de stéréotypes déjà vus et revus. On connaît le point de départ : un peuple pacifique va être agressé par des militaires sans scrupules. Une précision importante sur ces militaires : ils sont américains, mais on nous indique bien qu’il ne s’agit pas de l’armée des Etats-Unis. Ce sont des mercenaires à la solde d'une multinationale qui veut piller les richesses minières de cette planète. Aucune ambiguïté donc sur le fait que ce sont bien des méchants.

Au sein de cette multinationale, le chef des militaires (un Franck Dubosc qui aurait fait beaucoup de muscu et qui se prendrait au sérieux) affronte une scientifique pleine d’humanité, Sigourney Weaver, idéale dans un rôle à mi-chemin entre Alien et Gorilles dans la brume. Le héros balance entre les deux avant de basculer dans le camp des gentils au fur et à mesure de son intégration au sein des humanoïdes, qui s’appellent des Navis (ce qui signifie prophète en hébreu, me signale une amie).

C’est cette intégration qui donne lieu aux stéréotypes les plus marqués et les plus ressassés : le héros qui se montre d'abord condescendant avant de réaliser qu’il a beaucoup à apprendre, qui se heurte à la fille du chef avant d’en tomber amoureux et qui finira par s’attirer le respect de tous par sa bravoure ; le peuple à l’allure primitive mais empreint d’une sagesse immémoriale, qui vit en symbiose avec la nature et communique avec ses ancêtres par l'intermédiaire des arbres, tout cela a été vu et revu depuis Little big man jusqu’à Pocahontas.

En définitive, cette débauche d'effets spéciaux et de prouesses techniques ne débouche pour moi sur rien de ce que je recherche au cinéma. Je n'ai pas ri, je n'ai pas pleuré, je n'ai pas été ému, et surtout je n'ai pas été surpris. Les innovations technologiques permettent de créer un monde fantastique qui semble parfaitement réel. Bravo. C'est incontestablement une réussite sur le plan technique et même esthétique, beaucoup apprécieront, tant mieux pour eux et tant mieux pour Cameron. Mais je reste avec la désagréable impression que cette puissance n'a pas été mise au service d'un scénario, d'un film, et que c'est au contraire le film qui sert de prétexte à cette démonstration de force.

Le hasard des programmes de Noël m'a fait voir les 4 Indiana Jones juste après avoir vu Avatar. Les 4 opus ne sont pas tous de même qualité, mais de manière globale, les effets spéciaux permettent de faire vivre une histoire riche, inventive, pleine de rebondissements. Ils rendent possibles les scènes les plus frappantes, mais ils sont un moyen et non pas une fin, ils ne sont pas la valeur ajoutée essentielle du film. Enlevez les effets spéciaux de Avatar, il ne reste rien. C'est le reproche que je fais à ce film, tout en rendant encore une fois hommage à la prouesse technique.

Je terminerai en signalant tout de même un élément singulier : Sigourney Weaver, la scientifique respectueuse des autres et de la nature, fume comme un pompier. Voilà un point qui donne à penser. Peut-être le seul du film.

L'avis de Julie
Mal, je te lis enfin. Je n'avais pas voulu le faire avant de me faire ma propre opinion du film.
Au préalable, bienvenue sur cinefeed en tant que rédacteur et je constate, avec une "jalousie" à peine masquée, que ton premier article est commenté 20 fois (ça ne m'est jamais arrivé!).
Sur ton avis, c'est curieux, je le partage et pourtant à la différence de toi je n'ai pas été déçue et je ne suis pas sortie en me disant "quel mauvais film!"
Avatar, une expérience cinématographique...
A vrai dire, je n'ai pas l'impression d'être allée voir un film mais plutôt d'avoir vécu un moment particulier, voire inédit. Je suis entrée dans la jungle pendant 2h30, aux côtés des Navis (Tzaek, nom de la grande prêtresse ressemble à Tzadik...Le Sage, en hébreu). Je les ai suivis, j'ai aimé l'histoire d'amour (comme toutes les histoires d'amour qu'elles soient en chair, en papier ou en 3D). J'ai vu beaucoup de thèmes forts abordés derrière tous ces effets spéciaux: la liberté, la résistance, la foi. Et un rappel d'évènements historiques tragiques dont, notamment, Hiroshima, le Vietnam, la déportation d'une population, les frappes préventives.
Evidemment Avatar n'est pas un film "intello". Et on ne le rangera pas parmi les chefs d'oeuvre. D'ailleurs, selon moi, il ne doit pas figurer dans notre top 10. Pour autant, tirer dessus ne m'est même pas venu à l'esprit ni pendant que je le voyais, ni en sortant de la salle de projection. Bien sûr, c'est un peu simple, stéréotypé, voire, parfois, manichéen (le colonel machin est quand même ridicule, enfin, surtout dans la seconde moitié). Le thème de la Mère Nature saccagée déjà vu, abordé (à ce sujet, je signale que je ne fais pas partie d'un groupe "écolo", que je ne mange pas "bio" et, surtout, mais surtout, que je ne suis pas "bobo". Et pourtant, l'Homme est-il si grand, si bon, tellement au-dessus de tout, pour qu'il ne puisse supporter la critique d'un réalisateur, en l'occurrence Cameron? Si ce dernier y va un peu fort dans la critique de la race humaine, je respecte le courage de l'auteur, son parti pris, aussi "facile" puisse-t-il être). Et c'est vrai qu'on a parfois un peu l'impression que le scénario est au service de la technique. Pour autant, Avatar est fascinant, innovant, unique.
Cameron m'a tout simplement fait entrer dans l'écran, spectatrice non pas devant une toile mais dans une toile (à voir en 3D absolument pour cette raison).
Le cinéma évolue grâce à la technique. Je ne souhaite pas, évidemment, qu'il se réduise à cela. Et je ne le crains pas. Mais le fait qu'il existe des films d'un type nouveau (pour ne pas dire "genre nouveau", ça brusquerait nos amis cinéphiles) est logique, magique.