Car ces deux là, comme tous ceux de leur bande, n'ont encore jamais embrassé de filles. Ils passent leurs après-midi à jouer à des jeux de rôle quand ils ne sont pas en train de se masturber, une chaussette à la main, devant les photos de La Redoute ou devant des sites internet cochons. L'éveil à la sexualité est dur quand on a un physique ingrat, quand on est trop couvé par une mère dépressive, quand, malgré les modifications de son corps, on reste englué dans un espace temporel encore très proche de l'enfance. La vie d'Hervé paraît être un calvaire et pourtant, l'adolescent boutonneux, habillé du même pull sans couleur quelle que soit la saison, ne semble pas déprimé. Trop concentré sur ses besoins sexuels, assouvis exclusivement par lui-même, Hervé subit les moqueries des jolies filles et des garçons "bien dans leur peau" sans trop broncher, résigné. Les choses, pourtant, semblent prendre un autre tournant lorsque Aurore, plutôt mignonne et faisant partie des ado émancipés, jette son dévolu sur lui. Commence alors pour Hervé l'apprentissage de la vraie vie.
Bien que le pitch tienne dans un mouchoir de poche, le film recèle, d'un bout à l'autre, de petits trésors, produits d'un scénario original, de dialogues mythiques et de situations cocasses.
A la manière d'une grande BD, le réalisateur fait exploser les bulles devant les yeux médusés du spectateur. Il ose comme d'autres n'ont jamais osé. Il montre ce que le dessin seul pouvait jusqu'alors montrer. Il suit, pas à pas, Hervé et Camel, dans leurs longues journées de lycée, dans leurs après-midi d'ennui, dans leurs soirées ratées, à un arrêt de bus, devant une vitre en train d'épier une voisine chevauchant son compagnon, en train de manger des nouilles au fromage, pendant leurs cours d'EPS, de musique, de biologie, de français. Il nous rappelle tous ces professeurs qu'on a eus, professeurs dépressifs, arrogants, stéréotypés. Les dialogues sont étonnants, jusqu'au-boutistes. Riad Satouff n'a pas peur des mots au grand bonheur du spectateur qui pour une fois plonge dans l'univers réel de l'adolescence.
L'audace toutefois ne pallie pas toujours les lacunes du scénario qui tourne exclusivement autour des hormones d'Hervé et de Camel. Peut-être une histoire plus fouillée aurait donné un peu plus de mordant à ce film qui n'en est déjà pas dénué. Mais cette histoire, avec rebondissements, peut-être, aurait risqué de faire de l'ombre à la horde de protagonistes, petits électrons essentiels gravitant autour des deux adolescents.
Le film est donc à prendre et à ne pas laisser malgré ses petites lacunes. Les Beaux Gosses est un OVNI dans l'histoire du cinéma français, un grand coup de frais. On ne s'y retrouvera pas toujours. Les romantiques, les écorchés vifs auront du mal à s'identifier à Hervé, Camel voire Aurore. Pour autant, ils ne pourront pas manquer de reconnaître quelques uns de ceux qu'ils ont croisés, un jour ou l'autre, dans les couloirs du lycée. Intemporel, Les Beaux Gosses ne pourra pas laisser insensible l'adolescent qu'on a été ou qu'on est toujours.