Derrière l'histoire simple d'un type raciste qui va dépasser ses préjugés pour finir par s'ouvrir aux autres, il y a celle d'un homme qui dresse le bilan triste d'une vie réglée et morne. Celle d'un soldat qui a vécu toute sa vie dans le déni et les regrets. Surtout celle d'un homme qui cherche à donner enfin du sens à sa vie autrement, en donnant. L'amitié qui se noue avec le jeune Tao et sa soeur Sue peut paraître au début un peu incongrue. Quelles peuvent donc bien être les raisons qui poussent Walt à changer si brutalement? Les jeunes adolescents percent bien vite le mystère de l'homme glacial à l'humour grossier et raciste. Derrière cette façade, il y a la solitude. Et derrière toute solitude, des raisons, des meurtrissures, des blessures vieilles et profondes. Seuls le frère et la soeur font fi des apparences et comprennent, bien vite, que leurs efforts valent le coup. Le jeune prêtre lui aussi, peut être, mais d'une autre manière, parvient à déceler chez l'homme et ses allures une grande humanité. Ces trois personnages secondaires sont presque aussi centraux que celui de Walt. Ils sont le miroir humain du vieil homme. Et accomplissent leur rôle avec modestie et finesse.
Le film est peut-être un peu lent. Au début. Mais cet attentisme trouve sa justification. Et progressivement, le réalisateur nous montre que cette passivité n'a en réalité que les apparences de la lenteur. Comme toute histoire simple, celle de Walt est touchante et empreinte d'un réalisme troublant. Elle place le spectateur dans une situation particulière, celle d'un témoin proche. En pénétrant l'univers de Walt, sa vieille maison, ses décorations, ses cannettes de bière, sa "trousse" à outils, sa vieille chienne sourde, le spectateur apprend à découvrir l'homme, à le cerner, à l'aimer. Clint n'est plus aussi alerte qu'au temps de l'inspecteur Harry mais les habits de Walt lui vont bien. Entre force et fragilité, l'acteur-réalisateur est percutant. Gran Torino est un hommage à ce grand acteur. Mais surtout, en tant que réalisateur, Clint Eastwood a su faire un film "extrêmement fort et incroyablement" authentique. Il a su - enfin - se détacher de ses réflexes académiques pour nous livrer une oeuvre très personnelle.