Son histoire, c'est celle de l'Inde. Celle d'un pays fragile, hostile où la pauvreté et la détresse ne semblent épargner personne. Celle d'un pays riche pourtant. Riche de son histoire, de son peuple, de ses épices, de ses étoffes, de ses couleurs. C'est là que Jamal va puiser chacune des réponses aux fameuses questions qui lui sont posées. Car si Jamal n'est pas allé à l'école, suffisamment en tout cas pour être cultivé, il a acquis un savoir, celui de la rue. De ses rencontres, des mille et une aventures qu'il a vécues il a appris.
Slumdog millionaire c'est un grand voyage à travers l'Inde, une rencontre avec les indiens, une balade dans les rues de Mumbai, des années 1980 à nos jours. Tout ça à travers le regard d'un enfant. C'est magique et triste à la fois. Le dépaysement est parfois violent. On n'a peine à imaginer qu'un enfant puisse survivre dans un tel tumulte. Et pourtant. Si Slumdog n'est "qu'un film", inspiré d'un roman, on y croit. Danny Boyle n'est pas en terre étrangère. Caméra au poing, il s'est approprié l'espace indien pour nous l'offrir sur la pellicule. Le spectateur est complètement transporté. Et si le voyage est parfois un peu long, on en sort enrichi, essoufflé.
Il faut bien dire que le réalisateur a eu une idée de génie: celle de racheter les droits du livre de Vikas Swarup (Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire) et d'en faire un film. Le pari n'était pas gagné pour autant...Danny Boyle a su tirer le meilleur de cette manne. Le style narratif qu'il utilise est percutant. Dans ses allers-retours entre le commissariat, le plateau du jeu télévisé et l'enfance de Jamal, le réalisateur jongle sans perdre à un seul instant la boule. Le rythme est haletant. Et même si les deux heures semblent parfois un peu longues, le spectateur ne s'ennuie pas. Il en sort de la musique indienne, des images, des visages plein la tête.
Je vous l'ai dit, Slumdog c'est aussi un conte de fées. On sait bien que cette histoire ne pourrait pas être vraie. Rien ne sert donc de le comparer, pour mieux le dénigrer, à La Cité des dieux. Slumdog est moins terrifiant, moins choquant, et donc moins fort. En est-il bébête pour autant? ça non! Et si l'enfant des bidonvilles pouvait sortir de la crasse et devenir riche. Ou même simplement être heureux. Et si l'espoir était permis. Slumdog millionaire est porteur de ce message. Et ça fait du bien!