Certes, Bruce Wayne est toujours présent, Batman n'est pas dénué de charisme (Christian Bale est définitivement celui qui l'incarne à la perfection). On aime ce personnage perturbé complexe, déprimé, qui ne s'aime pas. A l'inverse des autres super héros à l'égo surdimensionné qui n'en finissent pas de se regarder et de souffrir de schizophrénie chronique, Batman est un homme qui souffre dans l'ombre. Un homme qui, sans pouvoirs surnaturels, parvient à voler, à déjouer les tours des pires espèces, à s'oublier pour aider les autres. C'est l'abnégation incarnée. Sexy, profond, sincère, fiable, doté d'un code d'honneur sans concession, Batman oublie Bruce Wayne même le temps d'une soirée romantique. Bref, il est le héros le plus difficile à cerner. Il n'est pas un super... C'est un homme, avec un passé douloureux, couvert de blessures, meurtri. Il se cherche sans cesse et oscille entre l'envie de vivre sa vie et celle de faire don de sa personne.
Mais voilà, dans ce nouvel épisode, alors même qu'il garde TOUS ses atouts (et vous aurez bien compris que j'en suis FAN), il se fait voler la vedette par le Joker, ce fou déjanté sans foi ni loi. Voilà un ennemi atypique sans pouvoirs surnaturels, lui aussi. Doté d'un don maléfique, celui de tirer le pire de chacun, il est jusqu'au-boutiste, maniaque, sans conscience. Il n'aime rien ni personne. On pourrait le croire drôle, il n'en est rien. Son cynisme a dépassé les frontières du rire pour toucher celles de l'amertume, du néant, de l'effroi. Sans limite, il ne laisse pas une minute de répit au spectateur accroché à son siège pour éviter, comme par magie noire, de se faire piéger par ce sinistre individu. S'il n'y avait que lui.... Le Joker est le clou du spectacle mais avec lui c'est une galerie de personnages admirables que fait défiler Christopher Nolan.
Les alliés de Batman sont, eux aussi, des personnages complexes, voire ambigus. Bien loin d'être relégués au simple rang de soldats du Bien, on les retrouve, tous différents les uns des autres, habités par une foi incommensurable, elle-même attisée par la folie démoniaque du Joker. Le Chevalier blanc incarné par Harvey Dent est certainement le personnage le plus fouillé d'entre eux. Plus difficile à cerner que les autres, le procureur au visage quasi-angélique et à la voix chaude est fougueux, idéaliste, un peu trop. Batman trouve en lui l'alter humain et décomplexé qui, pense-t-il, pourra le libérer de son armure.
Cette fois, le réalisateur a choisi d'alterner la lumière et l'obscurité. Le spectateur n'est donc plus, comme il l'était dans le précédent épisode, plongé dans le noir. Gotham City a peut-être trouvé une âme, son âme. Et même si elle est habitée par des créatures perfides et sans espoir, elle aspire à un avenir meilleur. Des hommes sont là pour tenter de lui redonner le goût de vivre, de survivre. Et si Batman commande, à sa manière, cette armée d'hommes bons et courageux, il reste profondément blessé et sans espoir. Il porte cette tristesse associée à sa bravoure comme une croix.
The Dark Knight est certainement le meilleur film dans son genre. Il a dépassé dans la noirceur, la profondeur, la folie, la grandeur et les effets spéciaux les autres Hulk, Spiderman, Iron-man, X-men. Certainement pas le meilleur film de tous les temps toutefois, pour reprendre une fausse polémique (...), ses ingrédients restent ceux d'un film d'action...peut-être un peu trop long....