"There will be blood": autour d'un homme
Par Julie Buk, dimanche 2 mars 2008 :: Critiques :: #480 :: rss
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l'avis de Julie |
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On pourrait pourtant s'atteler facilement à la tache de faire l'éloge de ce film étrange. Dès ses premiers instants une ambiance tendue et stressante est mise en place par le réalisateur.
Trou noir au fin fond d'un désert américain dans lequel un homme descend, seul. Déjà la tension monte. L'homme n'a peur de rien. Visiblement trop pugnace pour s'interroger sur les risques à prendre, l'homme frappe sur la pierre noire encore et encore. Quelques outils archaïques à la main, il frappe jusqu'à attendre voir l'or noir jaillir. Daniel Plainview a enfin son premier puits de pétrole. Les années passent, les puits s'accumulent. L'homme n'est plus seul. Il a récupéré dans le désert un bébé dans un panier. L'enfant de l'un de ses ouvriers mort au fond d'un puits. Les conditions de travail sont dures. Mais rien n'arrête l'homme, la machine. L'ambition de l'homme le pousse dans un désert encore plus reculé, au milieu d'une colonie de fervents illuminés, à étendre le champ de ses puits.
L'atmosphère étouffante du puits, la poussière du désert, le feu, la pluie noire qui jaillit, la lumière rouge, le soleil....L'ambiance est pesante. L'image est belle, envahissante. Et la musique menaçante en fond sonore angoissante. Elle accompagne l'homme tout au long de son périple. La menace est là , sous tendant chacun de ses pas, de ses gestes et de ses paroles. S'il avait été joué par un autre que le magistral Daniel Day-Lewis, Daniel Plainview aurait-il été si fascinant? L'acteur est complètement habité par son rôle. L'oeil mis clos, la patte traînante, vestige du trou noir et du premier puits, froideur et grandeur...l'acteur fait peur. Il occupe l'écran dans son entier. Il occupe le film...dans son intégralité.
Sans ce personnage fou, insaisissable, imprévisible que Daniel Day-Lewis incarne à la perfection, le film de P.T Anderson n'aurait certainement aucun intérêt. Hormis la tension dégagée par cet homme odieux et insensible, le film est un peu vide. C'est vrai, l'image et la musique sont là . Elles accompagnent, elles épousent les gestes de Plainview. Mais le scénario est creux, presque ennuyeux. Aussi grandiose qu'il puisse être, ce personnage ne suffit pas à occuper la durée interminable du film.
Un autre personnage suscite également beaucoup d'intérêt. Le jeune prêcheur fou, gourou local de la colonie d'illuminés joué par Paul Dano (déjà vu interprétant l'ado mutique de Little Miss Sunshine) est incroyable.
D'ailleurs les rencontres de ces deux personnages hors du commun sont les seuls temps forts du film, présentées comme des duels.
Malgré ces deux prestances démoniaques, le film ne parvient pas à captiver. Il ne suffit pas d'un ou deux personnages hauts en couleur, ni d'une atmosphère pesante pour faire d'un film un chef d'oeuvre.
Là où les frères Cohen sont parvenus à effrayer le spectateur, à le tétaniser, à le tenir en haleine, P.T Anderson patine un peu. On reconnaît l'oeuvre d'un maître qui n'a pas su choisir un sujet suffisamment fort pour faire sortir du désert un film exceptionnel.























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