Bon... j'additionne... je retiens 1... sur 11 semaines, pas moins de 155 films sortent sur nos toiles (ce qui correspond à quelque chose près au nombre d'oeuvres que programme un cinéma monoécran en... une année).
Petit test : vous vous baladez dans la rue (vous allez chez le boulanger, le boucher, le coiffeur, le taxidermiste, ... qu'importe !) et vous choisissez un quidam au hasard (pléonasme puisqu'un quidam est toujours choisi au hasard) à qui vous allez demander "quels films sont sortis cette semaine au ciné ?". S'il ne répond pas du tac au tac "eeeeeeeeeeuuuuuuuuuh... chépô", il citera peut-être s'il est ado SUPERGRAVE, ou peut-être LE PREMIER CRI s'il habite en ville, s'il est informé il pourra même vous donner le titre du dernier Woody Allen ou Pascal Thomas... mais il pleuvra demain si de ses lèvres frêles provient la vibration délectable de pudiques syllabes issues des mots CHACUN SON CINEMA, J'AI (TRES) MAL AU TRAVAIL ou peut-être même CHRYSALIS ou LE ROYAUME. Peut-être aura-t-il survolé les pages d'un journal avant votre question ou regardé une émission ciné, auxquels cas je ments ici même. Mais mercredi prochain, lorsque le circuit de distribution nous aura remis une rasade d'une quinzaine de longs-métrages en travers de la gueule, ça m'étonnerait que votre quidam se souvienne encore de plus de 2 ou 3 films de la semaine passée...

Rien ne sert de hurler à la mort, ce syndrome n'est ni nouveau, ni tragique, ça s'appelle simplement la consommation. Depuis que le cinéma existe, chaque semaine, un ou deux films surnage(nt) et reste(nt) un peu plus dans les mémoires que leurs congénères, avant d'être taclé par des nouveaux. Sauf qu'ajourd'hui, y'en a un sacré nombre de congénères ! Donc, conséquence normale, l'écart se creuse... les films bénéficiant d'une bonne couverture médiatique s'en sortent, d'autres engrangent assez d'entrées pour éviter le ridicule, et la troisième et plus grande partie se gamelle...

Mais mon esprit filandreux de petit exploitant se chiffonne : lorsqu'on augmente de façon aussi significative la dose de films, le nombre de copies ne décolle pas pour autant, donc on bâcle la distribution, et on précarise les petites sorties ; devant ce déluge de nouveautés, comment le spectateur se retrouve-t-il ? Jamais il ne peut voir tout ce qu'il souhaite ; tout le monde n'étant pas Utopia, et quand on voit la galère pour arriver à diffuser du cinéma d'auteur ou alors simplement du ciné qui a de la saveur et ne sent pas le cellophane, comment promouvoir le cinéma dans son ensemble et ne pas faire des laissés-pour-compte ? ; des multiplexes se construisent, des cinémas de proximité ferment, ça choque personne ? ; quid de l'ouverture au cinéma européen en France ? pas furieux... ; et dans un registre plus "philosophie défaitiste" : à quoi bon ?

Ca en fait quand même, non ?...