Alors qu' a priori l'histoire de Jane semble ressembler à celle d'Elizabeth Bennet, c'est en réalité à celle de Marianne Dashwood qu'elle doit s'apparenter. Il est vrai qu'au début elle et celui qu'elle va aimer se cherchent, se titillent, se chamaillent. Leur amour ressemble d'ailleurs un peu à un combat de boxe à l'instar des relations tendues entretenues par Elizabeth et Monsieur Darcy. Mais en fait Tom Lefroy, celui dont Jane est éprise (joué par le craquant James McAvoy déjà vu dans le Dernier Roi d'Ecosse) est aussi fougueux que le John Willoughby de Marianne. Sans le sou, dépendant complètement de son oncle,Tom ne peut rien offrir à Jane...à l'exception de son amour. Mais à la fin du XVIIIème siècle, en Angleterre (comme partout ailleurs en fait), l'ordre social règne et l'homme ne peut concevoir sa vie par ses choix personnels mais seulement en fonction de ceux que la bonne société lui a dictés. On retrouve une Jane indépendante qui veut choisir, se battre contre les préjugés sociaux. On retrouve un homme, Tom, qui avec elle veut lutter et vivre simplement une histoire d'amour. Mais à cette époque, les sentiments doivent céder la place à la raison. Alors, progressivement, en même temps que se déroule le triste drame qui va façonner la vie de Jane, cette dernière va mettre toute sa force et sa passion au service de sa plume. Son oeuvre sera profondément optimiste, sensuelle et romantique à l'image de ce qu'elle est au fond d'elle même.
On peut d'ailleurs en cela rapprocher Jane de Shakespeare in love (1999) où le réalisateur, John Madden, avait là aussi imaginé que la vie du dramaturge s'était construite à partir d'un amour contrarié.
On aimera Jane pour ses acteurs justes et crédibles et pour son scénario, touchant et sensible. Mais on lui reprochera un manque cruel de sensualité. Là où les adaptations cinématographiques des oeuvres de Jane Austen ont su mettre le spectateur en émoi (on pense par exemple à la scène sous la pluie entre Keira Knightley et Matthew MacFadyen dans Orgueil et préjugés), Jane n'a pas su recréer une atmosphère sensuelle. La passion amoureuse qui est censé avoir façonné la romancière est à peine effleurée. On se demande même pourquoi Jane et Tom sont épris l'un de l'autre. C'est vrai que le parti pris du réalisateur était celui d'expliquer "comment devenir Jane". Mais au lieu de bacler un début sans originalité ni intérêt, le réalisateur aurait peut être dû prendre soin de soigner la rencontre des deux protagonites principaux. Enfin, on peut déplorer une photographie brouillonne et qui fait peine à voir quand on la compare à celle de Raison et sentiments.
En résumé, Jane est un joli, triste et sensible film qui touchera, sans aucun doute, le coeur des inconditionnels de Jane Austen