Dan Dunne, professeur dans un lycée d'Harlem, accro au crack a fait le vide autour de lui.Son amie, qui, elle, a réussi sa cure de désintoxication, l'a quitté. Il ne lui reste plus que les cours d'histoire qu'il donne de manière inconventionnelle et qui lui procurent, visiblement, le seul moment de liberté et de stabilité dans la vie. Pourtant, son métier ne lui suffit pas et il sombre progressivement et inéluctablement. Une élève qui le prend en affection tente de lui donner goût à la vie ou en tout cas de l'aider, par sa seule présence. Mais elle n'y parvient pas.
On ne doit pas être tenté a priori de comparer Half Nelson à Requiem for a dream qui en traitant du même sujet (l'addiction sous toutes ses formes) avait réussi à atteindre le spectateur, à le déranger, à modifier profondément sa vision du cinéma. Requiem for a dream, c'était, il est vrai, une adaptation d'un roman de l'illustre Hubert Shelby Jr. Le film était visuel, beaucoup plus élaboré que Half Nelson.
A priori la simplicité et la pudeur dont a fait preuve Ryan Fleck dans son film seraient plutôt des qualités. Après tout, Half Nelson n'est rien d'autre que l'histoire d'un homme coupé du reste monde par son addiction et sa dépression. Pourtant cette simplicité, cette pudeur se traduisent ici par une très grande inconsistance. Le réalisateur ne nous raconte rien. Il laisse se succéder devant le spectateur des scènes, des moments de la vie de Dan Dunne sans véritablement chercher à nous expliquer ce qu'il ressent. L'intervention (en réalité anodine) de la jeune élève dans cette vie n'est pas fouillée ni aboutie. L'intimité entre les deux protagonistes est inexistante. On ne comprend pas le registre dans lequel ils évoluent.
A quelques moments pourtant, on parvient à se faire une vague idée de l'être humain en dépression: Celui-ci cherche à être seul, ne supporte la compagnie de personne, il est lunatique et, s'il peut se montrer un peu sympathique, c'est en réalité un homme profondément égoïste, sans attache. Ce vague tableau dressé ne suffit ni à nous faire aimer le personnage, ni à susciter une quelconque pitié pour lui. A force de laisser sa caméra tourner dans le vide, le réalisateur n'adresse au spectateur aucun message et finit très vite par l'ennuyer.