Le personnage le plus touchant, porteur d'espoir, est celui de la grand-mère. C'est elle, vieille dame digne et pourtant très moderne, qui transmet à sa petite fille les règles essentielles, la recette de la survie dans un pays qui a pourtant sombré: la liberté, la dignité et la fierté. On la voit se facher contre sa petite fille lorsque cette dernière se montre lâche et tente de vivre "petitement" une histoire d'amour. On la voit aussi lui expliquer comment ses seins restent fermes malgré le temps (en les trempant tous les jours dans de l'eau glacée), pourquoi elle sent le jasmin jusqu'au soir (en mettant des fleurs de jasmin dans son soutien gorge chaque matin). Cette vieille dame, qui porte le voile noir, hiver comme été, n'en reste pas moins libre. Elle n'abdique pas. Elle pousse pourtant sa petite fille à fuir un pays en ruine où la liberté n'est qu'intellectuelle et donc théorique.
L'oncle Anouche à qui Marajane doit son côté révolutionnaire depuis l'âge de 5 ans est aussi l'un des personnages les plus touchants du film. Il sait que sa cause est perdue mais comprend que cette petite fille pourra lui survivre. Alors, il fait rien que pour elle, des petits cygnes avec de la mie du pain que lui donnent ses geoliers.
Entre un humour caustique et des moments tendres, parfois même très tristes, Persepolis nous montre la difficulté d'être iranien: déraciné à l'étranger et étranger sur sa propre terre souillée par le sang et le fanatisme religieux. L'iranien doit pourtant choisir. Marajane nous montre combien ce choix est difficile et tente de nous expliquer les raisons du départ mais aussi et surtout celles de l'attachement inexorable à la terre.