Still Life - supériorité du cinéaste sur le tour-operator
Par dbuk1000, mardi 8 mai 2007 :: Critiques :: #212 :: rss
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l'avis de dbuk1000 |
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Samedi soir 5 mai, veille du scrutin, Le Balzac à 20 heures affiche complet pour "Still Life" dont la projection démarre avec 20 minutes de retard pour laisser la foule s'installer.
Le phénomène responsable de cet engouement c'est STILL LIFE, Lion d'Or à Venise. Dernier film de "Jia Zhang-ke, dont le nom n'est pas encore familier du grand public, est sans doute le plus grand cinéaste chinois de tous les temps" - dixit la critique du Monde le 30avril.
Dès les premières images je comprends la supériorité de l'oeil du cinéaste derrière sa caméra sur les piètres photos figées à la hâte par le touriste au cours des innombrables voyages organisés (avions-hotels-bus-guides-restaurants) pour découvrir la Chine. D'abord le temps d'observer les violentes mutations en cours dans la société chinoise. Ensuite le temps d'essayer de faire comprendre la quête des hommes en mal d'amour, en mal d'avenir, en mal d'argent. Je pense alors à Zola ou à Dickens qui , 150 ans auparavant, ont exposé la douleur des hommes face aux mutations du monde traditionnel vers la modernité. Et c'est bien de cela qu'il s'agit.
C'est un film "naturaliste" proche du documentaire mais le réalisateur nous fait aussi pénétrer au coeur des deux histoires individuelles qui confèrent la dimension du drame personnel à cette étude. Un homme à la recherche de sa femme et de sa fille qu'il n'a pas vues depuis 15 ans et une femme à la recherche de son mari dont elle n'a pas de nouvelles depuis deux ans. Ces deux quêtes ne se croiseront jamais. Des paysans chinois poussés par la misère vont travailler comme démolisseurs de bâtiments qui vont être submergés par la montée des eaux liés au gigantesque chantier du barrage des Trois Gorges qui sera le plus grand barrage hydroélectrique du monde par sa superficie.
Frustes et crédules paysans, torse nu luisant de sueur, munis de masses et parfois de téléphones portables, qui détruisent en cadence tels des galériens, les immeubles en briques construits quelques décennies auparavant lors de l'ère Mao.
Salaires de misère, pas de famille, beaucoup de camaraderie, partage du thé et des cigarettes, ciel bas et gris, amoncellement de briques grises, usines rouillées en faillite, accidents de travail.
Et puis une nouvelle race d'entrepreneurs dénués de tout scrupules, success story à la chinoise.
Et toujours, comme suspendue au dessus du drame des hommes, la Chine éternelle, celle que le touriste recherche, faite de poèmes et de mélodies.
Supériorité du cinéaste sur le tour-operator.























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