l'avis
de
Julie

Dire qu'on l'attendait serait un euphémisme. On n'avait qu'une hâte depuis le dernier épisode de Spiderman, celle de retrouver Peter Parker, ses contradictions, sa naïveté, son romantisme, bref ce héros hors du commun, ce mec banal aux dons géniaux.
Les critiques, sans même l'avoir vu, nous avaient promis un troisième épisode surpassant les précédents (ça paraissait difficile à croire). On savait que Spidey serait black, un peu bad boy, qu'il serait attiré par le mal etc... Mais connaissant Sam Raimi et vu le deuxième épisode qui nous avait révélé un Spidey un peu torturé, mal dans ses collants, on s'attendait à voir ce dernier luttant contre ses mauvais penchants et empêtré dans de grands dilemnes.
On se doutait qu'il serait question du bien et du mal, que le propos serait peut-être un peu manichéen mais on ne s'attendait pas (non vraiment pas) à être embarqués dans un tel marasme cinématographique.
En résumé, Peter file le parfait amour avec MJ, les new yorkais l'adulent dans son rôle de Spiderman. Mais le gentil héros se révèle vaniteux. Il est fier de lui et enivré par sa gloire. Une substance extraterrestre (métaphore, on l'aura bien compris, du côté sombre susceptible de guetter tout héros à l'égo forcément surdimensionné) l'atteint et il devient très vite coléreux, agressif, orgueilleux, méprisant. Bref insupportable. Boosté par le mal qui est en lui, il doit par ailleurs lutter contre de multiples ennemis (d'ailleurs plus sympathiques que lui): l'homme-sable (qui à lui seul justifiera le détour), le bouffon noir, dont Harry (fils du bouffon vert) revêt les habits pour venger son père et Venom.
Côté coeur, il se montre franchement égoïste et, aveuglé par son narcissisme, il ne perçoit pas la détresse de sa dulcinée qu'il semble d'ailleurs laisser pour compte au profit de sa binôme de physique, Gwen Stacy (jouée par Bryce Dallas Howard, fille de Ron).
Tout cela est confus, compliqué et pourtant très simpliste à la fois. La confusion du film est causée par l'accumulation d'histoires qui s'entremèlent. Mais finalement chacune est sous exploitée (trop de protagonistes), la seule star qui sort de ce chaos d'effets spéciaux c'est Spiderman, le gentil, le méchant, et puis Peter Parker, le gentil, le méchant. Même MJ, tante May, Harry, voire Jonah Jameson (l'affreux rédacteur en chef de Peter joué par J.K Simmons révélé dans l'extraordinaire série Oz) sont occultés. Leurs rôles respectifs sont écrasés par celui de Spiderman.
Si seulement celui-ci méritait tant d'attention....Il n'en est rien. Sans souffrir d'états d'âme, Spidey est une véritable tête à claque. Certes quelques scènes plutôt amusantes nous révèlent un Peter-Spidey imbu et franchement désagréable. Mais Tobey Maguire n'a pas su rendre ce nouvel héros digne d'intérêt. Certes, un peu rigolo, un peu macho, un peu agressif, il ne suscite pas franchement la sympathie. Mais il n'incarne rien d'intéressant. Puis le passage à vide de notre héro laisse place au temps des retrouvailles: retrouvailles de Spidey avec lui-même, avec Harry, avec tante May, avec MJ. Mais au lieu d'exploiter la corde sensible du spectateur (son attachement au héros qu'il attend impatiemment de revoir dans ce troisième épisode), Sam Raimi sombre dans les clichés, s'engouffre dans une pauvre morale simpliste résumée en deux phrases: "dans la vie, il faut faire les bons choix car on a toujours la possibilité de choisir" et "il faut pardonner".
Le réalisateur, malgré les effets spéciaux, la galerie de nouveaux personnages, le côté obscur de notre gentil héros, la supposée maturité de ce dernier, n'a pas su recréer l'atmosphère magique des deux précédents épisodes. Ne serait-il pas encore temps qu'il jette les collants?